zelda bomba.

« Mes femmes sont ressenties comme vénéneuses, j’aime ce terme car il a un côté dark lady littéraire ».

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Les portraits de La Renaissance inspirent/influencent vos œuvres pour les traits, les couleurs, les formes, les sculptures… ?

Je ne sais pas en quelle mesure ils m’influencent directement mais disons que la Renaissance remet l’Homme au centre de la création, il devient ce qui intéresse les artistes. Les peintres de la Renaissance ont fait des portraits d’une incroyable modernité et profondeur. C’est ce qui me plaît. En particulier Hans Memling, Raphael, Ghirlandaio, Franciabigio ou Piero della Francesca. Il y a une profondeur existentielle et introspective très fine et vraiment innovante pour l’époque, une époque incroyablement riche à tous les points de vue.

Je m’intéresse aux visages car ils portent l’identité et un même visage peut changer selon les pensées qui l’habitent, la lumière, l’état d’esprit, ce sont des possibilités infinies et donc, oui, les peintres de la Renaissance sont pour moi les maîtres absolus dans cet art.

Vos créations sont empreint de féminité, colorées, marquées par des cheveux noirs, des yeux bridés, par une certaine nonchalance, par un style particulier, une sophistication. Racontez-nous votre histoire.

La féminité présente dans mes portraits est certainement liée à toutes les images de mode qui m’ont fascinées dès mon plus jeune âge (celles de Jean-Paul Gaultier en particulier), mais aussi à la représentation de la femme dans le mouvement symboliste, la BD et certains artistes comme Pierre&Gilles et Almodovar (entre autres). J’aime l’ambiguïté et dans ma peinture, je refuse le « less is more » et prône le « too much ». Il s’agit là aussi de construction d’une identité, j’en reviens toujours à ça.

Mon histoire… Je suis née à Paris mais j’ai pas mal déménagé, au gré des déplacements professionnels de mes parents, ce qui m’a vraiment donné cette habitude aux changements de lieux. Enfant je dessinais beaucoup et je m’ennuyais beaucoup aussi. Le vrai choc, la vraie rencontre qui a bouleversé le cours des choses a été ma découverte de l’Italie au cours d’un banal voyage scolaire, à 16 ans, une révélation, une évidence. Mon bac en poche et une année de beaux-arts après, je suis partie vivre à Rome et depuis, j’ai deux langues, deux cultures, deux identités… Actuellement je vis en France, toujours en lien avec l’Italie et j’ai une forte envie d’Angleterre, que j’aime beaucoup également.

Les nouveaux pin’s sont très réussis, y en a combien en tout ? On est fan, comment peut-on se les procurer ?

Cette série-là comporte 14 modèles, mais je vais en refaire très bientôt d’autres. On se les procure en me contactant, je les envoie.

Z&Z : le jour des cerises à Montmartre, la collaboration s’est bien passée ?

Eh bien disons qu’il s’agissait de deux performances lors d’un même événement, mais avec Zapata nous peignions à des endroits différents à Montmartre. Donc pas d’œuvre en commun, après oui, Zapata est un garçon charmant et l’événement était très sympa.

Certaines de vos ladys sont un brin « vénéneuses » quand vos garçons ont plutôt un côté « sage ». On a vu juste ?

On voit forcement juste si cela est ce que l’on ressent ou voit. Je peins, et après, l’interprétation appartient à celui qui regarde. Mes femmes sont ressenties comme vénéneuses, j’aime ce terme car il a un côté dark lady littéraire mais certains les voient tristes, méchantes, agressives… Moi je ne saurais dire, je les vois surtout introspectives sous une apparence extravertie, un contraste. Quant aux hommes, je ne sais pas, sage n’est pas ce que je vois, je les perçois plus distants et sauvages mais je répète, pour moi la « bonne » interprétation est celle que chacun donne, ça ne m’appartient plus.

Vos inspirations pop, pop culture, fashion, comics font de vous une artiste tout à fait unique. Votre style est reconnaissable entre mille. Jusqu’où peut aller Zelda Bomba pour étonner encore plus ?

La peinture s’alimente de toutes les expériences, rencontres, des lectures, musiques, films, donc, essayer d’être toujours à proximité de sources intéressantes. Mais bon, sinon, pas de secrets, il faut travailler beaucoup, tous les jours, c’est le plus important.

La série d’illustration pour Fefe Magazine est impressionnante. « Even with my eyes wide open, I don’t see anything. », qu’est-ce vous voyez qu’on ne voit pas ?

Alors ça… Le concept de réalité relative et subjective est fascinant car il n’est pas facilement compréhensible. Je crois que chacun d’entre nous voit la réalité à sa manière, on a tous une perception différente sans que cela soit vraiment conscient d’ailleurs. Après, les artistes consacrent leur vie à exprimer leur vision des choses, c’est ce qui créé la différence peut-être…

Zelda Bomba pour La légende de Zelda, Zelda Fitzgerald ou Zelda Williams ?

Aucun des trois, je ne suis pas du tout gameuse. Zelda Fitzgerald a eu un destin bien trop tragique à mon goût et bon, Zelda Williams non plus car je ne suis pas « fille de ».

Zelda me vient d’un surnom donné par une amie il y a longtemps, et j’aime les lettres qui composent ce nom, je trouve qu’il a également beaucoup d’énergie.

Qu’est-ce qu’il y a dans votre boîte à outils ?

Beaucoup de peinture acrylique, des couleurs fortes, des marqueurs aussi, une autre technique que j’aime beaucoup. Il y a aussi des livres d’art, des podcasts qui m’accompagnent toute la journée et que je prépare la veille. En fait, ma boîte à outils c’est mon atelier, chaque élément est important. Mon atelier ressemble à un aquarium avec deux baies vitrées dans un parc, et dedans, il y a un canapé pour la sieste, deux chats pour la compagnie et la discipline (depuis que je les ai, impossible de dire « bon, aujourd’hui je reste au lit : ils m’attendent !»), des plantes, des livres, mon ordi et tout mon matériel.

Vans by Zelda Bomba, on adore. C’était comment ?

Alors je n’étais pas à l’événement, c’était à Naples et c’était une initiative de potes napolitains pour leur asso « Mattia Fagnoni Onlus ». Des artistes de nombreux pays ont participé et ont peint des Vans pour cette asso qui cherchait des fonds pour lutter contre une maladie rare dont est affecté Mattia (qui malheureusement n’est plus là). Ils créent plein d’initiatives vraiment sympas et positives pour faire avancer la recherche médicale. Dans le cas de Vans, le résultat est très chouette.

Red Boy est une « série » particulière par rapport à vos autres peintures ?

Oui, car avant cela je n’avais pas trop peint d’hommes, et d’ailleurs, le code couleur marque la différence avec mes tableaux précédents. C’est un peu l’amorce de ce que j’ai fait ensuite dans la rue, une nouvelle direction.

Dizorder et Dizember chez Akiza la galerie. Le concept est très intéressant. Y a quoi derrière les tiroirs ?

Oui cette idée est vraiment super. Le tiroir c’est plein de choses : c’est souvent l’endroit où on met tout ce dont on veut se débarrasser sur le moment, un faux rangement qui devient un bazar dans lequel on retrouve des trésors quand on le vide (enfin, pour moi c’est ça, je suis très désordonnée). Et puis entre tiroir et miroir, il n’y a qu’une lettre de différence. Il faut allez chez Akiza pour voir ce que cachent les tiroirs…

L’équipe aime « Micro Naive Pop », « Biting my lip », « Keeping me in the Dark », « YanYan ». On adore tout en fait. Comment peindriez-vous Michael Caine ?

Je ne penserais pas à Michael Caine spontanément mais si je dois le faire, c’est évidemment le tueur travesti de Pulsions de Brian De Palma : le travesti, l’identité, le titre en anglais, génial « Dressed to Kill », j’adore, c’est vraiment un titre parfait pour un tableau, et puis De Palma car j’aime son kitsh, ses lumières et ses couleurs, beaucoup de rouge entre autre. Ce personnage est le summum de ambiguïté et de la folie : very interesting !

Quels sont vos super-héros ?

C’est très vaste, j’adore Tura Satana et en général, tous les personnages de Russ Meyer. J’aime aussi Barbarella, les personnages des BD de Guy Peellaert, David Boring de Daniel Clowes, pas vraiment super ni héros. Plein d’autres aussi, ce serait une si longue liste. Disons que je me cantonne ici aux héros imaginaires.

Si Zelda Bomba croquait autopsiart, ça donnerait quoi ?

Peut-être un personnage dont la boîte crânienne est ouverte et laisse apparaître un cerveau rose fluo (autopsie hein !) et des yeux jaunes qui font le tour de la tête, une vision à 180°. Un drôle de personnage…

Quelle est la question que je ne vous ai pas posée, à laquelle vous aimeriez répondre ?

Difficile à dire… Peut-être : « Qu’aurais-tu fait si tu n’avais pas été peintre ? » J’aurais aimé travailler avec les animaux, je ne sais pas de quelle manière, mais en interaction (ni bouchère ni dans l’expérimentation, que ce soit clair !), j’adore les animaux et la manière dont se crée la relation avec eux (seul bémol pour les araignées !!).