stom500.

« Ce qui me plaît dans la symbolique de l’abeille c’est qu’au final c’est quelque chose de petit mais qui a un pouvoir immense ».

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Vous préférez peindre en Allemagne car les friches industrielles sont trop peu présentes à Strasbourg ?

Haha ! Pas tout à fait ! Je vais peindre assez régulièrement en Allemagne mais aussi au Luxembourg, en Belgique, en Suisse, etc. Parce que j’aime me déplacer pour peindre et rencontrer d’autres artistes. Strasbourg a l’avantage d’être au carrefour de plusieurs pays et ça facilite les rencontres internationales. Je pense que c’est important de circuler un peu et de ne pas toujours peindre dans sa ville bien qu’à force j’ai de plus en plus de mal d’y peindre par manque de temps et ça commence à me manquer ! J’ai eu la chance d’avoir des amis qui avaient des connexions avec des « graffeurs » allemands et qui m’ont emmené avec eux. C’est comme ça que j’ai commencé à peindre en Allemagne et plus précisément à Koblenz chez mon ami Dater et d’y rencontrer plein d’autres personnes qui venaient d’un peu partout.

La ville change, l’art urbain se montre de plus en plus, pourtant on a l’impression qu’il manque des « espaces dédiés » ou même un enseignement particulier aux « arts ». Qu’en pensez-vous ?

C’est vrai qu’aujourd’hui le graffiti envahit de plus en plus les centres villes. On trouve de plus en plus de murs et de façades peintes par des artistes et ça donne souvent un autre regard sur des lieux qui n’étaient peut-être pas assez mis en avant. Je pense que c’est une bonne chose et ça montre que les choses avancent et que ce mouvement devient de plus en plus important ! Après c’est sûr qu’il pourrait y avoir plus d’espaces libres ! On est souvent plus sur des commandes de la ville ou de privés et c’est pas toujours facile d’avoir une liberté absolue sur la création.

Down Town est un melting pot de cultures urbaines ?

Downtown c’est un collectif d’artistes qui gravite autour des cultures urbaines comme le graffiti ou le tatouage, etc. C’est un collectif qui permet justement d’organiser des événements à notre sauce et de faire partager notre culture. On est souvent pas si libre de faire ce qu’on veut lorsqu’il s’agit d’une demande ou d’une commande. On travaille chacun pour permettre d’organiser et de peindre des murs avec le plus de liberté possible sans avoir à rendre de compte à qui que ce soit.

Faire découvrir vos œuvres à tous les publics c’est important ? Et sous quelles formes ?

Je ne sais pas si c’est important mais c’est une démarche intéressante ! Quand tu peins un mur à l’extérieur il y aura forcément du passage et des rencontres avec un public qui s’intéresse ou pas à cet art et cela donne souvent des échanges improbables ! On ne peut pas demander à des promeneurs de connaître la culture d’un autre et souvent chacun donne sa vision sur le travail que tu es en train de faire. Parfois c’est juste ! Parfois un peu moins ! Mais le fait de discuter et d’échanger permet souvent d’avoir du recul sur son travail et ça peut permettre d’avancer. Après peu importe la forme ! Je suis souvent invité dans les événements qui rassemblent un large public et avec plein d’artistes géniaux ! Je pense que ça donne envie de donner son maximum bien que ce ne soit de loin pas une compétition ! C’est stimulant et ça permet aussi de rencontrer plein de monde, d’échanger et de partager !

Le « 500 mg » de « Tom’s » calme vos migraines 😊 ?

Haha ! Il les calmait à une époque ! Maintenant je me suis calmé mais le 500 mg est resté pour devenir plus que 500.

On aime le contraste entre vos travaux très « dirigés » pour une commande et vos univers du « laché-prise » : personnages à deux têtes, scènes burlesques, animaux et leurs objets… Vous nous citez des réalisations qui vous ont particulièrement marqué ?

Elle est dure cette question ! Haha ! Il y a tellement de bons souvenirs ! J’ai une passion et un métier qui se mélangent complètement et c’est même parfois dur de dire si c’était du travail ou juste un chouette moment ! Je prends du plaisir à chaque fois que je dessine ou que je peins et c’est souvent accompagné avec mes potes ! Après j’aime bien les challenges et je dirai que les réalisations qui m’ont le plus marquées sont souvent les plus grandes parce qu’il y a la possibilité de raconter plein d’histoires dans sa peinture. J’essaie de préparer au mieux mes peintures mais j’aime bien arriver avec juste une idée mais pas forcément finie et la faire évoluer selon le support et son format.

Graffiti, lettrage, illustration, vous les entrelacez le plus souvent possible ?

Un alimente l’autre, tout simplement ! Quand je n’ai pas la possibilité de peindre je me concentre sur mes illustrations et quand j’en ai marre de dessiner je vais peindre ! C’est une sorte de spirale mais c’est le cas de tous les artistes à mon avis. Dès que je finis un travail je pense au prochain et ce que je pourrai reprendre et améliorer…

La chambre 104 de l’hôtel Graffalgar à Strasbourg est signé Stom500. C’est rare de dédier tout un hôtel au graffiti. Racontez-nous cette expérience.

Oui ! C’est un projet assez cinglé qui a été fait à Strasbourg ! C’est un endroit très convivial en prime et l’hôtel où il faut aller pour ceux qui sont de passage à Strasbourg ! C’est même plus qu’un hôtel à mon avis parce qu’on garde aujourd’hui toujours contact avec le gérant qui n’hésite pas à nous aider. Ce n’était pas qu’une commande mais bien un échange entre quelqu’un qui a eu envie de faire une déco particulière de son hôtel et tous les artistes qui y ont peint ! Si mes souvenirs sont justes j’ai fait la chambre témoin alors que l’hôtel n’était encore quand travaux. C’était assez sportif pour y faire une peinture mais un très bon moment et un bon souvenir !

L’abeille est récurrente dans vos œuvres. Une signification particulière ?

« Si l’abeille disparaissait de la surface du globe, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre », c’est signé Einstein ! Ce qui me plaît dans la symbolique de l’abeille c’est qu’au final c’est quelque chose de petit mais qui a un pouvoir immense. Voir qu’aujourd’hui il y a de moins en moins d’abeilles ça fait réfléchir sur le monde dans lequel on vit ! C’est devenu en quelque sorte mon animal totem ou un symbole récurrent dans mes peintures pour sensibiliser les gens sur le fait que si on veut continuer à vivre sur cette planète il va falloir faire des efforts même s’ils sont petits ! C’est l’accumulation de petites choses qui en font au final de grandes, un peu comme l’abeille !

Vous avez participé à la première édition du festival de graff à Cergy-Pontoise fin septembre début octobre. Une line-up impressionnante, l’occasion de rencontres et de collaborations futures ?

Ça fait partie des meilleurs festivals que j’ai pu faire avec en effet une line-up de dingue ! Un grand merci encore à ceux qui ont organisé cet événement ! Les murs étaient dingues, l’accueil au top ! J’y ai fait de superbes rencontres avec une belle improvisation sur une pièce à 3 avec Faker et Semor dans une friche complètement dingue ! J’espère qu’il y aura encore plus de collaborations futures avec ceux que j’ai vu là-bas évidemment !

C’est quoi Vitamine au Loft du 34 ?

Vitamine c’est le nom d’une exposition collective organisée par le Loft du 34 à Paris avec une line-up tout aussi impressionnante ! C’était l’occasion d’exposer avec des génies comme Shane, Astro, Alber et DXTR dans une belle galerie ! L’idée c’était de faire une exposition qui redonne de l’énergie avant l’arrivée de l’hiver ! Le Loft du 34 c’est aussi une très belle rencontre de galeristes qui m’ont reboosté à peindre sur toile, un médium que j’avais complètement mis de côté pendant pas mal d’années pour me consacrer davantage aux murs. C’est aussi une galerie qui m’a fait confiance alors que je n’avais aucune toile à leur présenter et que tout était à faire et je les en remercie ! Ce qui est sûr : c’est la vitamine qui me fallait et le début de plein de projets à venir mais je risquerai ma vie si j’en parlais…

L’équipe autopsiart vient à Strasbourg les 4 et 5 décembre. Qu’est-ce que vous nous recommandez comme visite artistique (à part le marché de Noël) ?

Bon déjà je ne vais pas refaire de la pub pour mon hôtel préféré mais vous savez dans quelle chambre aller ! Il y a quelques peintures à voir à Strasbourg si vous prenez le temps de vous balader en ville ! Loin du marché de Noël dans les zones portuaires il y aura plein de graffitis de mes compères Wise et Jupe ! Après je ne sais pas vous considérer que les Winstubs font partis des visites artistiques…

Vous avez un univers très coloré empreint à la bd/cartoon tout en humour. Vous pouvez dessiner sur tous les sujets ?

Je m’inspire effectivement beaucoup des cartoons. Ce qui m’inspire le plus ce sont des univers très simples dans lesquels il y a matière à raconter des histoires. On me dit souvent qu’il y a une narration dans mes illustrations. J’essaye de créer plein d’histoires dans un même dessin, chacun étant libre après, de raconter la sienne. Je suis illustrateur de métier donc je dessine énormément de choses différentes ! Mais je ne sais pas dessiner de choses qui font peur (du moins c’est pas mon but) et mes personnages énervés n’ont absolument aucune crédibilité. Je travaille essentiellement des choses en mouvement ou qui explosent mais tout en gardant un vision décalée ! Pour moi, c’est important de véhiculer un message qui reste positif donc, par conséquent, il y  a certain sujet que je n’aborde pas ou que rarement. Vous ne me verrez jamais faire une publicité pour Monsanto par exemple !

On adore les « yeux exorbités » de vos animaux. On a cherché un hippopotame (mon préféré) sans succès. Vous l’envisageriez un jour ?

Je ne savais pas que c’était votre animal préféré ! Promis, l’un des prochains sera un hippopotame avec des yeux exorbités bien sûr !

Vous faites beaucoup de « collab’s » avec Monsta, c’est vraiment réussi. Une amitié de longue date ?

Oui de longues dates ! On s’est connus dans les années 30 lorsqu’il était encore tailleur de pierre. Je lui avais passé une commande pour refaire ma cour et 30 456 pavés plus tard on est devenus amis et nous avons eu l’idée de faire de la peinture ensemble. Plus précisément, c’est un ami avec lequel j’adore faire des collaborations ! Nos univers se mixent bien et ce que j’aime c’est qu’on n’est pas obligé de se parler pendant des heures avant de peindre. Les choses se font assez facilement et de temps en temps dans la bonne humeur ! Enfin quand on ne se jette pas de pavés dessus !

De très gros coup de cœur pour « Lost place » (le hibou/chapeau), le phoenix, la coccinelle, teddy versus bees, ou M. Pêcheur. Comment travaillez-vous (préparation, réalisation, finition) ?

Merci ! En général, je travaille une ou plusieurs esquisses avant de partir peindre et je les adapte une fois sur place. L’idée vient souvent de pas grand-chose : un délire, une expression ou simplement un clin d’œil de par la symbolique de l’animal. Je peins essentiellement des animaux ou des objets et ils font souvent références à l’endroit dans lequel je me situe, ou le lieu où je vais peindre. Parfois c’est simplement les couleurs que je prends avec moi qui vont influencer mon travail.

Teddy versus bees découle d’une nuit à mettre fait piquer par des moustiques, je l’ai adapté avec un ours qui se bat contre des abeilles… Le phoenix est une décomposition de l’animal : c’est finalement un oiseau en feu. Je décompose les animaux et les associe avec d’autres pour créer des contradictions ou des situations décalées. Il y a souvent un petit message dans mes associations d’animaux, une sorte de savoir ensemble qui n’est pas si évidente. La première étape est de trouver l’idée, le reste se fait naturellement ou s’adapte sur place.

Vous nous parlez de Mo Uarf Themouarf, co-organisateur du festival Underground Effect 3 auquel vous avez participé en septembre dernier ?

Je suis sûr qu’un jour il aura son Wikipédia et on pourra connaître tout de sa vie ! Mais en quelques mots, c’est un type sympa qui vous invite dans des événements au top et qui d’un moment à l’autre peut vous faire passer à travers des portes inaccessibles pour vous faire découvrir des endroits secrets très appréciés par les graffeurs ! Bref, il a tout pour plaire ! On a passé une superbe semaine à l’Underground Effect et justement c’est grâce à des personnes comme Mouarf que cela est possible et on ne peut que le remercier !

Retrouvez le portfolio de Stom500 à Undergroud Effect 3 – Crédit photo ©YAK

Qu’est-ce qu’il y a dans votre boîte à outils ?

Du houmous et un pack de bières belges !

Quels sont vos super-héros ?

Une luciole, ma famille et mes amis ! Et buzz l’éclair !

Vous avez de nouveaux projets ?

Tout à fait ! Mais je garde l’exclusivité pour un magazine féminin dans lequel il y a des mots croisés ! J’y parlerai notamment d’expositions à venir et peinture, mais c’est un secret !

Si l’on vous dit autopsiart…

Un magazine en tout cas bien plus sympa que le magazine féminin dans lequel il y a des mots croisés et dans lequel je parlerai de ma participation à une exposition de l’autre côté de l’Atlantique courant décembre, de piscine Molitor et d’une grosse exposition au Loft du 34 courant 2018.

Quelle est la question qui je ne vous ai pas posée et à laquelle vous aimeriez répondre ?

Il est vraiment tailleur de pierre Monsta ?