russ.

« Chaque projet contient aussi sa part d’imprévu propre à l’instant de production ».

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Tes origines soviétiques ont influencé ton nom d’artiste ?

Oui… c’est une sorte d’hommage/clin d’œil.
Pendant un moment mon travail ne traitait que de cet univers soviétique et était essentiellement coloré de rouge, noir, blanc et gris. Depuis, mon travail a évolué mais le nom est resté.

Un jour avec Russ, c’est quoi ?

Je n’ai pas vraiment de « journée-type ».
L’organisation peut-être très différente selon que je travaille sur une illustration dans mon atelier, sur une fresque en extérieur ou pour un projet de graphisme.

Ton travail s’articule entre personnages moustachus, formes organiques, architecture stylisée, décors colorés, tu nous surprends à chaque oeuvre. Qu’est-ce que tu ne nous as pas encore montré ?

Je pense que tu fais essentiellement référence à ce que je faisais « avant ». J’en profite pour faire un petit point.
J’avais en effet un personnage « signature » à grosse moustache et tout un univers qui allait avec. À cette époque, j’ai exploré beaucoup de techniques (illustration, peinture, spray, collage d’affiches, custom sur plein de supports, construction de volumes en bois, etc.). Et puis je me suis lassé de cet univers dans lequel je m’étais finalement enfermé.

À trop vouloir être identifiable je me trouvais prévisible, réduit dans ce que je pouvais proposer.
Certains arrivent à peindre ou dessiner sensiblement la même chose toute leur vie et y trouvent un plaisir, tant mieux. Ce n’est pas mon cas. Je ne pense pas avoir les mêmes idées, préoccupations, ni le même rapport à la vie qu’il y a 10 ans. Même si les valeurs et certaines convictions restent identiques, montrer quasiment le même travail artistique depuis ces années ne serait pas cohérent pour moi.
J’ai donc eu une grande remise en question, nécessaire, il y a quelques années. Cela m’a vraiment permis de prendre du recul pour clore un chapitre et m’ouvrir à de nouvelles possibilités.

L’interprétation de tes peintures est personnelle, chacun peut y voir quelque chose de différent. Où puises-tu ton inspiration?

Je m’intéresse beaucoup à la nature, au vivant, à la matière au sens large et à son évolution dans le temps.
La matière évolue perpétuellement et génère des changements d’état des choses. J’aime cette idée de mutation, d’évolution permanente.
De plus, selon l’échelle d’observation de la matière on peut voir des mondes totalement différents. Avec du recul on pourra observer un sujet selon sa forme extérieure, son aspect. Si on réduit fortement l’échelle d’observation (micro ou macroscopique) on entre alors dans la constitution intérieure du même sujet, sa substance.
J’essaie parfois d’associer ou d’opposer ces mondes comme si j’observais la nature avec deux lunettes différentes.

Je m’intéresse aussi beaucoup à l’identité, à la représentation du Moi, à cet espèce de masque social que nous portons pour organiser notre rapport à l’autre.
Ces réflexions sur l’individu se mêlent parfois naturellement à mon intérêt pour la matière…

L’inspiration peut également simplement venir d’une lecture, de l’atmosphère globale d’un livre ou d’une de ces phrases. D’un mot qui va m’interpeller et autour duquel je vais me documenter. J’aime faire des recherches selon les projets. Ce sont souvent de bons prétextes pour apprendre des choses.
En ce moment, je m’intéresse aux concepts de l’atomisme et du monisme. Alors je n’ai pas la prétention de tout comprendre ! Mais justement ce qui m’échappe me fascine autant et me permet une interprétation plus personnelle et plus de liberté dans ce que je vais pouvoir retranscrire.

Il y a généralement une petite histoire derrière chaque dessin ou peinture que je peux faire. Évidemment certains travaux sont plus spontanés et « gratuits » parfois. Chaque projet contient aussi sa part d’imprévu propre à l’instant de production.
Et puis j’essaie de toujours laisser une part d’interprétation libre à chacun.
L’idée n’est pas d’imposer, mais de donner quelques pistes pour comprendre mon intention et de susciter la réflexion ou l’imagination pour le reste.

Avec quels street artistes aimerais-tu collaborer ?

J’apprécie et je respecte le travail de pas mal d’artistes, mais je ne pense pas pouvoir vraiment te donner un nom.
Il y a bien quelques potes que j’aimerais voir plus pour faire des choses avec eux. Et certains artistes que j’ai pu croiser et avec qui j’ai bien accroché…

Par contre dans d’autres domaines, comme la musique, il y a certaines personnes avec qui j’aimerais travailler. L’idée de croiser les disciplines et les univers me plaît bien.

On aime à penser chez autopsiart que tu as un talent aussi intéressant que DEIH. On est surtout carrément fiers de faire ton interview…

Merci ! De ce que je connais de son travail c’est plutôt flatteur…

Tu apprécies les friches industrielles, pourquoi ?

Tout simplement parce qu’on y est plus tranquille pour peindre !
Évidemment, on y trouve aussi de beaux murs avec de la texture et du vécu…
Après je ne suis pas le plus grand « chasseur » de friches mais si je trouve des lieux abandonnés j’aime aller y jeter un œil.

On est restés bouche-bée devant ERAS(M)E, Organik 4.0 et Metastasis. Tu nous expliques.

Oula… Je pense que ça serait un peu long d’expliquer ici ces 3 peintures en détails. Elles sont d’autant plus issues de contextes très différents.
Pour les peintures murales, je m’inspire aussi souvent du support. Dans la mesure du possible, j’aime faire un repérage du lieu avant de réfléchir à ce que je vais peindre. J’essaye d’adapter mon travail au lieu pour que le projet soit fait « sur-mesure ».
Cela me guide dans le choix de la composition ou de l’atmosphère que j’ai envie de donner.

Peindre sur le Mur à Oberkampf, ça fait quoi ?

Ça fait plaisir ! L’intervention était assez rapide. Le temps alloué conditionne toujours ce que l’on peut proposer.
Mais je ne suis pas mécontent de ce que j’ai fait dans le temps imparti et c’était sympa de rencontrer l’équipe à l’origine de ce projet historique à Paris. C’est un bon souvenir.

Si on te dit autopsiart , tu réponds ?

… l’art serait-il mort ??

Tes projets futurs…

Plutôt des choses en attente de confirmation, peut-être une exposition l’année prochaine et quelques projets de fresque pour le moment. Sinon, toujours pas mal d’idées et d’envies d’illustrations et de peintures perso.

Y-a-t-il une question que l’on ne t’a pas posée et à laquelle tu aimerais répondre ?

Non, c’est bien assez comme ça !