nicolas daubanes.

poudre, acier, aimant : une œuvre carcérale.

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« Bonjour Nicolas, ce qui serait sympa, c’est une petite présentation de ton travail ». Ça commence ainsi.

Nous sommes aux Archives Nationales, hôtel de Soubise à Paris, à moins de deux heures du vernissage de l’exposition « En mémoire » de Nicolas Daubanes. L’artiste est stressé. On s’assoit dans le salon du Prince, la pièce est vide. Pourtant, l’endroit est chaleureux avec une tapisserie velours rouge, des miroirs d’époque et des sculptures. Toujours personne, juste le bruit du dictaphone. Ça grésille, mais on distingue l’accent du sud de cet ancien étudiant des Beaux Arts de Perpignan. « J’y ai également enseigné. Aujourd’hui, je forme les étudiants d’une prépa de Carcassonne ».

Son travail artistique s’inscrit à travers des questions qui lui sont essentielles : la vie, la mort, la condition humaine et les formes sociales qui les façonnent. Depuis plusieurs années, Nicolas Daubanes livre des réponses sur des sujets comme la contrainte et la recherche de la liberté.

« Je veux éviter l’image caricaturale des prisons »

Il est en immersion. En « simple » visite ou enfermé dans une cellule, l’artiste passe du temps avec les détenus. « C’est organisé par des structures artistiques et culturelles qui m’accompagnent dans le montage d’un tel projet. Ce que je peux faire ensuite, les dessins ou les vidéos, sont issus des rencontres et des lieux ». Nicolas Daubanes est allé dans une dizaine de prisons. Il y reste quelques jours. Sa dernière immersion a duré un mois. « Je rentrais à 9 h et je sortais à 19 h. Je passais du temps dans la cour de promenade, en cellule, dans la bibliothèque, dans les couloirs, à nouveau en cellule ». Il avait une circulation libre. Une expérience plus courte va être tentée aux Baumettes à Marseille. Elle sera « plus intense, car à priori, j’y passerai peut-être des nuits ». Pour l’instant, la date n’est pas encore fixée. Prochain rendez-vous, la maison d’arrêt de Montauban avec comme finalité « une pièce qui ne sera pas un dessin, mais un repas. Un dîner sera organisé par les détenus ».

Il y a quelque chose qui se passe en prison. « Globalement – pour parler vulgairement -, on la ramène pas. En prison, on sent bien qu’on doit avoir une certaine humilité et même si les gens qui sont autour de nous ne sont pas forcément sympathiques, la situation vécue est très dure ». Aussi, il en ressort des problématiques artistiques qui vont à l’essentiel.

La poudre d’acier aimantée

Elle vient de l’idée de dessiner avec ce qui résulte de la découpe du coup de lime fait sur les barreaux pour s’évader. « Qu’est-ce qu’il produit ? De la poudre de fer. J’avais envie de dessiner des prisons avec le résultat d’une évasion. J’en suis venu à l’aimanter pour que le fer soit suspendu ou en tension. Je voulais créer des dessins qui potentiellement pouvaient être effacés ». Lorsque Nicolas Daubanes présente ses œuvres dans les musées ou les centres d’art, il y a toujours une vitre devant. On ne peut pas atteindre la création. Pourtant, il y a une semaine à Marseille, il a réalisé un dessin directement sur le mur. « J’ai fixé mes plaques aimantées et j’ai balancé la poudre. Elle a donc été assujettie à toutes traces de doigts ». La poudre de fer a une charge symbolique forte pour l’artiste. Elle « est multiple, très agressive, évoque l’évasion, l’effacement, la prison. C’est un matériau qui permet d’ouvrir et non de fermer ».

Les œuvres exposées

Il y en a quatre, toutes noires. Une a déjà été exposée à Paris, la façade de la maison d’arrêt de Mulhouse. « C’est un classique chez moi. La façade est pure et dure, brutale, travaillée avec des découpes fines ». Les trois autres dessins sont inspirés des gravures de Piranese. « Mon regard se porte sur les personnages qui apparaissent dans les hauteurs de ces architectures impossibles. Quand j’ai su que j’allais exposer aux Archives Nationales, la question n’était pas de savoir, qu’est-ce que tu sais faire ? mais, prends quelques risques. Ils ont été mesurés car je maîtrise cette technique depuis deux, trois ans mais le sujet était nouveau ». Et la couleur ? « Pas encore par la poudre. Pour le moment, elle reste noire parce qu’elle est brûlée. J’utilise des surfaces de crayons de couleurs pour venir dessiner des silhouettes de détenus dans l’espace carcéral ».

Sabotage… de l’escalier

La pièce Sabotage a fait partie de l’exposition « Le jour après le lendemain », à la Maison Salvan, à Labège. C’est un escalier en béton et en sucre. « Il salue le geste des résistants, une fois faits prisonniers pendant la Seconde Guerre Mondiale, de jeter du sucre dans la fabrication du Mur de l’Atlantique pour les Allemands. C’était un acte de sabotage », car plongé dans la masse, le sucre provoquait un état de fragilité.
« Pour moi, le béton et le sucre sont des matières malades. Ce qui m’intéresse, c’est de sculpter une matière malade avec tout ce que ça entraîne : fragilité, porosité, même si on a une image solide du béton ». Dans son escalier, Nicolas Daubanes y voit également la forme tournante d’une chaîne ADN. « Quelque soit l’escalier qui se retrouve sur le chantier, il est une sculpture. Quand on voit un escalier couché, on a peine à le reconnaître. Moi ce qui m’intéressait, c’était l’esthétique et toutes ces formes. J’y voyais des os d’animaux géants telle une colonne vertébrale. En l’occurrence, un escalier droit est une colonne vertébrale »La poudre d’acier aimantée : Nicolas Daubanes est le seul artiste en France à utiliser ce matériau pour la figuration.

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