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« Mes personnages acceptent la société actuelle mais sont à l’affût, curieux de ce qui s’y passe sans pour autant forcément l’accepter. »

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Vous êtes un dessinateur multi-supports. Ça va du papier, à la toile en passant par le plastique, le bois, le textile ou encore le fer…

Le but ultime de mon métier est la liberté simple mais totale, par conséquent le support ne doit pas avoir de réelle importance. Cela peut aller d’un simple panneau de signalisation à une toile à exposer en galerie d’art en passant par une pierre ou un morceau de mur… Tout dépend de l’aboutissement que je veux donner à mon œuvre. Souvent les gens qui me voient dessiner ou peindre me demandent quel est mon support favori mais ce qui me plaît n’est pas sur quoi je vais le faire mais l’action de le faire tout simplement !

Vos « petites créatures » ont une langue de serpent, un visage plutôt « dénonciateur » et des yeux « malins ». Elles n’acceptent pas la société actuelle ?

Mes « petites créatures » comme vous les appelez ont toutes un point commun : elles ont la bouche ouverte et les yeux bien ouverts car je pars du principe que dans notre société il faut se doter d’un sens aiguisé pour le visuel et un sens aigu pour l’expression. Il faut toujours dire ce que l’on pense, ce que l’on ressent, en parlant, en regardant, en pensant… de toutes les façons que ce soit. Mais sans pour autant parler pour ne rien dire. Mes personnages acceptent la société actuelle mais sont à l’affût, curieux de ce qui s’y passe sans pour autant forcément l’accepter. Et c’est là quelles mordent !

On apprécie leurs dents dessinées certainement en fonction de la thématique du jour plutôt féroces mais tellement authentiques. Qu’est-ce que vous « crayonnez » le plus ?

Je crayonne, en fonction de mon inspiration du moment, des dents acérées ou non mais très souvent des dents très grosses pour mieux croquer la vie. Les dents ne sont qu’un reflet de l’humeur et de la thématique voulues pour l’œuvre ainsi que le message à faire passer.

On adore vos céramiques (derniers verres et théières). Facile à peindre ?

J’ai découvert le dessin sur céramique à Vallauris au détour d’une exposition sur le thème de la « Fête de Picasso » et j’ai eu beaucoup d’attirance pour ce support. Surtout que l’idée est venue tout bêtement car j’avais oublié mes feuilles (comme souvent) et le premier support que j’ai trouvé là-bas ce jour là ! Aujourd’hui, aller à Vallauris est comme un pèlerinage pour moi.

Vos dessins ont une forme humaine ou animale. Ça dépend de quoi ?

Le personnage animal (ou plus humanisé) dépend surtout du thème, du message et du public visé par l’œuvre. Mais il m’arrive aussi de lâcher prise et de laisser mon inspiration décider et choisir la teneur de mon personnage, sa position ainsi que son coloris…

Vous n’hésitez pas à mélanger les couleurs et à multiplier vos personnages. Vous avez un côté Keith Haring ?

Une des thématiques premières que je recherche dans mes œuvres est : « la VIE est belle, mais… ». Par conséquent, il y a une juxtaposition flagrante de couleurs, de formes mais pas que. La relation avec Keith Haring est très flatteuse, je me reconnais dans sa façon de faire (dans la rue, sur un mur) et ce côté interdit mais je me rapproche plus du travail dans la façon de faire de Robert Combas ou de Hervé Di Rosa qui par leurs œuvres très colorées ont su mettre en lumière l’expression libre.

Que pensez-vous des artistes qui exposent en galerie ?

Les galeries d’art sont un moyen comme un autre de montrer son travail. Le but d’une œuvre est d’être vue ! Si elle reste dans un atelier, un garage ou autres, elle ne sert à rien ! Son seul but est de créer une émotion. Donc quel que soit l’endroit, le principal c’est qu’elle soit vue par des personnes qui l’apprécieront pour ce qu’elle est.

L’événement de mars a été l’ouverture de votre site internet. Qu’est-ce que cela a changé pour vous ?

L’ouverture du site internet jertod.com a changé ma façon de montrer mes œuvres à mon public et le faire tout le temps, le jour comme la nuit et pas uniquement lors d’une exposition. Mais, j’ai eu beaucoup de critiques par rapport à mon site, avant même que je l’ouvre, car c’est un site marchand et beaucoup de gens m’ont dit que l’art doit être désintéressé.

C’est vrai, lorsque je crée une œuvre je ne pense pas à sa vente mais sa finalité est de la montrer à mon public et qu’il puisse se l’approprier. Et, comme je ne suis pas philanthrope, je la vends ! Ce n’est pas parce que je fais un travail que j’adore, que je ne compte pas mes heures et mon mode de vie tourne autour de mon métier que je dois donner ou ne pas vendre mes œuvres ! C’est mon métier, ce grâce à quoi je peux me nourrir ainsi que ma famille.

De quelle œuvre vous êtes le plus satisfait ? Celle qui vous a le plus ému ?

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Toile à l’acrylique intitulée « Le nid : la base » exposition dans une galerie de Toulon (Var) – ©jertod

Mon œuvre qui, à mes yeux, est la plus aboutie est une succession de toiles sur châssis mises bout à bout en forme de double entonnoir symétrique représentant une multitude de personnages entremêlées avec des couleurs différentes selon la toile. Cette œuvre est intitulée « Le nid : la base ». Elle est à mes yeux une représentation de la société actuelle. Elle mesure 2,75 mètres de long sur 30 à 80 cm de large selon les toiles.

Toutes les œuvres que je fais sont réfléchies mais certaines sont faites plus instinctivement que d’autres. L’œuvre qui m’a procurée le plus d’émotion est une toile de 1 m² que j’ai commencé sur un marché artistique sur Sanary (Var), continuée sur une exposition à Vallauris (Alpes Maritimes), colorée à Bastia (Corse) et terminée dans une galerie d’art de Toulon (Var). L’émotion procurée vient du fait que de la préparation à la finalisation de cette toile, tout a été fait en public avec des dialogues avec les passants et des échanges mutuels intéressés, des fois mouvementés, alcoolisés mais toujours constructifs !!!! Un réel plaisir partagé !

Une journée avec Jertod, ça ressemble à quoi ?

Une journée avec Jer Tod est plutôt banale : je m’occupe de mes enfants avec mon épouse, je dessine, je fais le ménage, je peins, je fais les courses, je colorie, je fais la vaisselle, je crée, je discute avec des gens, je tague, je vais chercher mes enfants à l’école, je vernis une toile… je vais chercher une baguette, je ramasse un objet qui m’inspire. Bref, une vie toute simple.

Mais, la nuit, lorsque beaucoup de gens dorment, je peaufine mes créations, je dessine, je peins, j’écris mes idées, je fais des croquis, des maquettes… Je n’ai pas d’horaires, ni de vacances car mes créations sont un ensemble de choses qui constituent ma personne et que je ne peux pas, ni ne veux m’arrêter de créer ou de penser à mes créations quel que soit le lieu, l’heure ou la situation. C’est une très douce maladie qui n’est malheureusement pas contagieuse mais elle est très saine et vous fait très souvent rencontrer des gens extraordinaires !

Quels sont vos super-héros ?

Les héros, à mes yeux, sont les personnes de la vie de tous les jours qui aident les autres sans contrepartie, sans se soucier du quand dira-t-on ! Les gens altruistes qui font le bien sans forcément s’en rendre compte mais qui font que la vie soit plus belle tous les jours sans laisser la morosité gérer leur vie. À mon sens, ce sont ces gens-là qui méritent le nom de « héro du quotidien » car ils vont chercher le bon côté des choses pour le répandre aux autres. Ce sont souvent de petites actions mais qui font du bien autour d’eux tous les jours. Et, j’ai bien sûr une pensée très attristée pour le gendarme Arnaud Beltrame qui par son action a su remettre au premier plan l’altruisme pur et l’abnégation ultime dans cette société où tout le monde est individualiste. Cet homme était mais sera toujours un Super Héro !

Si Jer Tod croquait autopsiart, ça donnerait quoi…

Une représentation d’autopsiart par Jer Tod serait forcément très colorée avec une touche de poésie et surtout beaucoup d’amour ! Mais cette œuvre ne devra se faire que sur un support très spécial et si possible d’un format extraordinairement grand pour que le maximum de personnes puissent la voir.

Quelle est la question que je ne vous ai pas posée, à laquelle vous aimeriez répondre ?

Vous ne m’avez pas demandé pourquoi je faisais ce métier d’artiste professionnel.

Comme je vous le disais c’est la recherche de la liberté qui m’a guidée toute ma vie mais pas que. Il y a aussi une recherche constante d’émotions. Je suis très souvent à fleur de peau voire dans l’hypersensibilité car je recherche sans cesse l’émotion. La mienne bien sûr mais surtout celle de mon public. Et c’est en cela qu’il y a un échange voire une certaine communion entre l’artiste et les autres.

J’ai cette sensibilité ou fibre artistique depuis très jeune. À l’école déjà, je dessinais pendant les cours pour m’évader et cela ne m’a jamais quitté. J’ai longtemps fait des métiers alimentaires mais la vie m’a toujours ramené vers l’art et ce fabuleux mais très dur métier d’artiste auteur. C’est aussi pour cela que je me suis inscrit à la Maison des artistes (Mda) et que j’œuvre tous les jours (et les nuits) pour essayer d’égayer un peu ce monde en recherchant perpétuellement de nouveaux supports d’expression.