inti ansa.

« Je me réjouis toujours lorsqu’une cause vient s’ajouter à un projet ».

facebook : inti.ansainti ANSA

Inti pour soleil ? Quelle est l’histoire du nom d’artiste Inti Ansa ?

Oui c’est le nom Quechua du dieu soleil, plus souvent porté par les hommes. En ce qui me concerne, c’est tout simplement mon prénom et mon nom.

Française née à Mexico en 1978, diplômée de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, est-ce que vos racines se retrouvent dans vos œuvres ?

Je suis arrivée petite en France, à l’âge de 7 ans… alors je me considère comme une véritable française de culture. J’ai été éduquée ici. Ma petite enfance reste bien évidemment très présente dans mon identité, j’ai deux histoires. Le Mexique, l’Amérique latine de manière générale est imprégnée d’une chaleur, de couleurs et d’odeurs qui bien sûr restent fortement présentes et importantes pour moi. Je parle de perception sensorielle, laquelle influence forcement mon travail de manière parfois inconsciente ou volontaire.

Vous êtes peintre et illustratrice, deux univers opposés ? complémentaires ?

Je dirais complémentaires, mon travail de peinture a toujours été un peu à la frontière de l’illustration, toujours avec la préoccupation de rester sur la limite. Mais lorsqu’on m’a proposé d’illustrer un livre c’est tout naturellement que j’ai accepté parce que l’univers de l’enfance me plaît et qu’il m’intéresse beaucoup.

Les images ont une importance éducative, c’est l’approche d’un vocabulaire totalement émotif pour eux. Peindre ou illustrer passe par le même medium mais la démarche n’est pas totalement similaire. L’influence de la peinture sur l’illustration et vice versa est ici, quoi qu’il arrive. Chacune apporte ou retire à l’autre.

« Bois joli », « Le jeu aux mille titres » sont un livre et un jeu de société pour enfants que vous avez illustrés. Vous abordez la création différemment des murs que vous peignez ?

Oui, les choix et prises de position sont différents selon le support, le lieu et la cible. Entre autres, les livres et jeux sont aussi des commandes, il faut prendre ça en compte. Le travail n’est pas le même, il y a des attentes particulières, ciblées vers la jeunesse. Mon travail d’atelier est plus libre car je peux me permettre de faire de « l’inesthétique ».

Pour les murs, je vais chercher à m’adapter, je vais prendre en compte la forme du support, sa dimension et sa texture qui déjà me donnent une première direction puis l’environnement et le lieu pour le sens que j’apporte à cette intervention.

Si vous entendez par création la recherche… Que ce soit dans mes illustrations, la  peinture ou l’élaboration d’un projet de mur, le processus de création reste le même, se sont souvent des moments laborieux que j’aime garder timidement pour moi contrairement à la réalisation, où l’on s’expose. Je peux passer une journée entière à tourner en rond avant que quelque chose ne vienne. C’est un travail instinctif qui peut à tout moment changer de direction.

En extérieur c’est très différent, il y a souvent des deadline, il faut aller vite. C’est un contact direct avec l’interrogation des gens, leur présence et leur regard alors l’acte de peindre un mur relève, pour moi, plus de l’exécution que de la création. Pas au sens péjoratif car c’est vraiment très intéressant, le corps entier travaille, c’est une immersion totale. Le mur, lui, continue d’évoluer une fois peint aux grés des intempéries et des interventions de tiers. J’aime aussi beaucoup cette idée de voir le mur vieillir, quelque chose que je n’aurai pas fait apparaît, c’est très inspirant.

Vous avez participé en octobre 2013 à l’opération la Tour 13 à Paris en repeignant l’appartement 961, une immersion avec d’autres artistes et un projet fou organisé par la mairie du 13e. Racontez-nous ?

J’ai intégré la Tour 13  alors que je n’étais pas du tout prévue dans le projet à l’origine, mais l’enchaînement des hasards a fait que Mehdi Ben Cheikh  m’a accordé la salle de bain de la pièce 961. Ce fut une formidable expérience, j’ai passé plusieurs semaines à travailler sur ma pièce. L’ambiance, les rencontres et l’énergie créatrice m’ont énormément plu. Des artistes du monde entier, j’avais cette sensation de voyager sans me déplacer. Il y avait une ambiance d’ateliers partagés, cela m’a rappelé mes années Beaux-arts. La Tour 13 fut, pour moi, fabuleuse après mais surtout pendant sa création.

La même année, vous êtes l’une des rares artistes à avoir réalisé deux fresques sur une aire d’accueil pour les gens du voyage à Vitry-sur-Seine. Pourquoi ? Et quelle symbolique cela a eu pour vous ?

C’était une commande de la mairie de Vitry, ils voulaient apporter une interaction avec un projet de fresque pour les gens du voyage. Ce projet a été une manière d’être en plein cœur de leur vie. Partager un café, mieux connaître leur univers, leur façon de vivre. Encore un voyage en plein centre de Paris. Pour la caravane, ce fut leur propre commande, mon idée première ne leur plaisait pas parce qu’ils accordent beaucoup d’importance à chaque symbole, et qu’une caravane était non négociable. Les commandes ce n’est pas vraiment ce qui me plaît le plus mais ils étaient tellement ravis que j’ai pris beaucoup de plaisir à les égayer en retranscrivant ce qui leur paraissait essentiel à leur culture. Je me réjouis toujours lorsqu’une cause vient s’ajouter à un projet. Une symbolique oui il y en a une mais elle reste personnelle.

Vous avez un célèbre homonyme Inti (Castro). Vous vous êtes déjà rencontrés ? Que pensez-vous de son travail ?

Oui je connais Inti (Castro), je l’ai rencontré dans la Tour 13. J’avais envie de le connaître et j’étais très intriguée de savoir qui il était. Je ne crois pas aux coïncidences. Son travail me parle. Un dialecte symbolique engagé, chargé de sens, ou cohabite force et finesse, presque féminin. Et puis une maîtrise…

On retrouve une innocence infantile (ce n’est pas du tout péjoratif au contraire) dans vos œuvres qui apporte tellement. C’est essentiel pour vous de la montrer dans vos toiles et murs ?

Une innocence infantile n’est pas vraiment ce que je cherche à retranscrire. Ce qui m’intéresse est le paradoxe qu’il y a dans ce qui est censé définir l’enfant : des âmes pures, innocentes, un univers libre, sans tabou géré par l’environnement complexe des adultes dans lequel ils se développent. J’explore cette limite, de l’enfant à l’adulte, de l’adulte à l’enfance. Je parle essentiellement dans mes toiles, non de l’enfant mais du sentiment, de la tension entre ces deux univers.

Il y a quelques années, en regardant l’album de famille, j’avais été très frappée par les yeux de mon frère. Un regard sans âge, du haut de ses 5 ans. Je pense que cela a beaucoup influencé mon travail, je porte une grande attention au regard pour interroger.

Vous avez exposé au Lavo//Matik le 16 septembre avec 80 artistes. Vous avez un ou une préférée ?

Mes réels coups de cœur sont Borondo avec son mur « Les trois âges », Levalet, Ethos, Sainer puis Inti (Castro) lol 😉  puis au Lavo//Matik j’aime beaucoup Charly Crank, Adey, ECK (collectif  Frères d’art) et Lou Hopop.

C’était comment le festival AVC 3.0 ?

C’était vraiment une très belle journée, les organisateurs étaient au top, l’endroit dépaysant. Je n’ai pas fait d’intervention hormis y déposer une toile. Mais de ce que j’ai vu, je peux vous dire que les artistes étaient ravis. J’ai passé un très agréable moment. AVC 3.0 est un festival qui donne la liberté à l’artiste, de vendre sans intermédiaire tout en contribuant à une belle initiative sociale de levée de fonds.

Est-ce que Inti Ansa a parfois un côté sombre dans ses toiles ?

Bien sûr, mais il n’est pas direct. Pour instaurer un certain malaise visuel, je joue avec les contrastes. Je pourrais dire que je dissimule une certaine gravité, derrière une apparence plutôt sympathique. Pour ceci, j’utilise une représentation symbolique de ce qui semble être mignon, par exemple des objets sortis de l’enfance qui ont pour objectif d’être attrayants. Chaque être use d’artifices matériels et psychologiques pour vaquer tranquillement dans notre mascarade afin de cacher nos plus intimes ambiguïtés. Un peu comme ce conte d’Hansel et Gretel, dans lequel ils découvrent une maison très gourmande avec toute la panoplie des mondes enchantés, alors que dans sa globalité, ce conte est très effrayant. Les contes ont vraiment cet art de jouer sur ce terrain d’illusionniste. Il y a un peu de cette démarche dans ma peinture. Elle semble gaie, enfantine mais elle peut déranger.

Partager l’art urbain avec le plus grand nombre, c’est un principe pour un artiste ?

Je pense que oui, s’il est urbain c’est pour le partager avec le plus grand nombre. Une galerie cible ceux que ça intéresse.

Votre univers est poétique, onirique, coloré et…

Angoissant.

Est-ce que vous avez déjà imaginé un mur que vous n’avez pas réussi à peindre ?

Je crois que chaque œuvre que je fais est voué à l’échec avant même de la commencer. J’ai toujours une appréhension. Je raconte souvent à mes proches qu’il y a des jours où tout est fluide et d’autre où c’est une vraie galère. Comme si peindre, créer, était directement lié à l’état d’esprit du moment. Parfois magique, parfois chaotique sans jamais avoir un total contrôle. Pour cela, j’appréhende toujours le mur, mais quand il est terminé, je me pose, allume une cigarette et suis satisfaite et fière d’avoir relevé le défi.

Inti en mode « vandale » pour des collages dans Paris… une rebelle attitude pour casser une image ?

Je n’ai pas d’image à casser mais attention de ne pas se fier aux apparences, j’ai eu une adolescence très rebelle. Pour la session collage, j’étais enceinte de 6 mois, mon ventre était déjà bien gros. Je ne pouvais plus faire le mur… heu, pardon… de murs alors j’ai pensé aux collages d’ailleurs cela faisait un moment que l’idée me trottait. Mon compagnon, lui, c’était plutôt lui le véritable vandale ! Il m’aidait dans cette action tout en étant sans papiers. On a risqué gros.

Al lago titicaca, santiago de chile, coronel moldes en salta… pour qui ?

Pour les habitants des petits villages traditionnels, j’ai eu beaucoup de chance de pouvoir voyager si près du peuple, être au milieu de nulle part. D’approcher et partager mon repas avec les membres de ces anciennes communautés qui parlent encore Aymara, la langue officielle de l’empire inca. Peindre dans ce contexte fut un cadeau partagé.

Vos couleurs nous transportent, vos noirs et blancs nous mettent KO, un choix évident en fonction de chaque œuvre ?

Oui et non sachant que demain, un noir et blanc peut devenir l‘ébauche d’une peinture. J’aime le trait, le dessin, je me sens plus libre, plus directe. Avec le crayon, je vais droit au but, ce n’est pas du tout le même exercice. Après, mes choix dépendent de mes envies. Lorsque je veux travailler de manière légère, allez hop ! Je sors crayons, stylos et feutres.

Quels sont vos super-héros ?

Chaque personne porte en lui le potentiel d’être le super héros d’un autre, la vie nous donne toujours de belles opportunités. Le mien c’est mon fils qui au quotidien développe de véritables capacités de super héros ! Chaque jour je suis surprise de voir la vitesse à laquelle il grandit.

Je crois aussi au pouvoir de l’esprit sur la matière, la loi d’attraction pourrait être LE pouvoir que chaque être humain serait en capacité de maîtriser. Mes super-héros sont ceux qui savent jouer avec cette énergie, ma mère, encore mon fils et ceux qui après chaque chute se relèvent de nouveau, toujours prêt à avancer et recommencer.

Vous avez de nouveaux projets ?

Pour le moment, je me consacre à mon travail en atelier, je fais un petit projet d’illustration jeunesse avec une amie, j’expose régulièrement au Lavo//Matik. En décembre, les deux premières semaines, j’exposerai une vingtaine d’illustrations jeunesse à la « Galerie », rue Abel Gance dans le 13e arrondissement.

Si l’on vous dit autopsiart…

J’en reviens, je cherchais de l’inspiration pour ma réponse et je me suis évadée dans la lecture…

Quelle est la question que je ne vous ai pas posée, à laquelle vous aimeriez répondre ?

Qui de la poule ou de l’œuf est arrivé en premier ? Dommage…

Inti Ansa était au festival Underground Effect en 2015 à La Défense : visitez son portfolio (©Yak)