fouzia.

« Quand cette idée à émerger, d’interpeller avec le street art, la forme des zelliges s’est imposée à moi comme une évidence ».

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Zellige, Zellipark, craie, peinture, art urbain, expliquez-nous comment l’histoire a débuté ?

J’ai été éducatrice pendant une vingtaine d’années auprès de personnes en situation de handicap. C’est en véhiculant ces personnes que j’ai été confrontée, à de nombreuses reprises, à l’impossibilité de me garer sur les places de stationnement réservées. J’ai remarqué qu’il s’agissait assez souvent d’actes d’incivilité. Ces places de dimension importante et placées à proximité des lieux, lorsqu’elles sont occupées, oblige à se garer plus loin et dans des conditions difficiles pour les personnes à mobilité réduite.

J’en suis venue à me demander comment interpeller pacifiquement le grand public pour éviter la banalisation de cet acte. Quand cette idée à émerger, d’interpeller avec le street art, la forme des zelliges s’est imposée à moi comme une évidence. Les zelliges arabo-andalou ont toujours fait partie de ma vie. Toute mon enfance, j’ai été fascinée en regardant ces faïences géométriques colorées sur les murs dans les maisons. J’ai présenté mon idée à trois artistes de street art que j’admire, à El Seed, Jordane Saget et Zepha. Ils ont trouvé mon approche à la fois artistique et citoyenne, et innovante. Et leurs encouragements me poussent à faire avancer mon projet.

Avant de lancer ce projet, je suis allée à la rencontre de l’Association des Paralysés de France (délégation du Tarn/Aveyron/Lozère) pour avoir leur avis. J’avais besoin de savoir si ma démarche allait « servir leur cause ». Un de leur retour a été de mentionner les places réservées entièrement peintes en bleu : « en plus d’être glissante par temps de pluie, ces emplacements stigmatisent les personnes en situation de handicap ». C’est pourquoi je suis partie sur des peintures neutres et ne couvrant pas la globalité de la place.

Zellipark est un projet né dans le Tarn, a-t-il vocation à dépasser les frontières du département ?

Le projet est né à Alban dans le Tarn, dans ma commune. Les élus ont tout de suite accepté d’adhérer à cette démarche puisqu’améliorer l’accessibilité fait partie de leurs préoccupations. Il faut savoir qu’il n’est pas possible de dessiner sur les places réservées sans l’autorisation des propriétaires, même si c’est un dessin temporaire. Ça ne doit pas être contreproductif et porter préjudice aux personnes en situation de handicap. En effet, ma démarche est de sensibiliser un maximum de personnes en faisant un tour de France pour proposer aux communes, grandes enseignes, et à tous ceux qui ont des places de stationnement réservées.

Pourquoi associer le street art et le handicap ? Est-ce un moyen « plus visuel » d’atteindre les gens ?

Ma démarche première est d’interpeller visuellement les gens et le street art est un des moyens que j’avais déjà utilisé avec le public en situation de handicap à travers une exposition. Mon intention est de provoquer une réaction positive en voyant mes zelliges et ensuite de se demander pourquoi des dessins sur ces places en particulier. Mon objectif est que les gens se rappellent la priorité de ces places.

Ce projet est personnel. Êtes-vous de près ou de loin touchée par le handicap ?

En effet, j’ai des proches en situation de handicap. C’est bien mon expérience qui m’a fait mesurer la difficulté au quotidien de se garer sur des places réservées.

Comment sont choisis les emplacements pour vos zelliges ? Les endroits sont réservés/légaux ?

Le nombre de places réservées, par commune, est très élevé, je ne peux pas matériellement toutes les embellir. C’est pourquoi, le choix de ces emplacements revient aux propriétaires de ces places. Prioritairement, elles sont choisies de façon emblématique pour qu’elles soient vues par un maximum de personnes. J’ai entrepris un travail de collaboration avec l’Association des Paralysés de France pour que nous déterminions ensemble les places les plus utilisées.

Lorsque vous présentez votre projet, y a-t-il déjà eu des communes qui ont refusé un Zellipark ?

Je n’ai pas encore été confrontée à un refus de la part des communes, étant donné que je suis encore dans la phase de lancement de mon projet.

Tous vos Zelliparks sont blancs, on suppose pour une meilleure lisibilité. Des couleurs sont envisagées pour les prochains ?

Sur les derniers Zelliparks j’ai introduit la couleur de façon ponctuelle. Toutefois, je ne souhaite pas surcharger les places par la dimension de mes zelliges. La loi n’empêche pas d’embellir ces places, tant que le logo représentant le personnage en fauteuil roulant reste visible.

De quelle manière pensez-vous vos pochoirs (en fonction de l’endroit, du motif…) ?

Je dessine différents pochoirs d’inspiration « zellige » que je dispose pour une création harmonieuse. Mes créations évoluent continuellement.

Combien en avez-vous de différents ?

À ce jour, j’ai créé une dizaine de pochoirs, qui peuvent être combinés à l’infini. Dans un premier temps, je fais un repérage des places en prenant des photos des lieux, puis en fonction de la disposition des logos sur la place et de la localisation de la place dans l’espace, je réalise une maquette que je mets en œuvre sur le terrain. Je n’exclue pas de concevoir des pochoirs prenant en compte des particularités locales, comme par exemple à La Roche-sur-Yon où l’association « Espaces publics » me propose d’intégrer des animaux emblématiques de la ville, sur ma création.

Est-ce que vos zelliges pourraient un jour être associés à une œuvre d’un street artiste ? Lequel aurait votre préférence ?

Mon objectif en faisant le tour de France est de collaborer avec des artistes locaux de street art.

Pourquoi Fouzia ?

Fouzia, d’origine arabe, correspond à mon deuxième prénom. Je l’ai retenu comme nom d’artiste.

Avez-vous des super-héros ?

Mes supers héros sont Frida Kahlo, Nelson Mandela, Gandhi, Mère Teresa, Coluche…

Quelle est la question que je ne vous ai pas posée et à laquelle vous souhaiteriez répondre ?

Je parlerais plutôt de mon projet qui s’inscrit aussi dans une démarche d’inclusion. Je propose au public résident dans les établissements tels que les foyers de vie, les ESAT ou les IME de participer à la réalisation de Zelliparks au travers d’une animation. Il me semble important que le regard change aussi sur l’implication des personnes en situation de handicap pour changer le regard du grand public.