dege.

« Le partage des cultures, le métissage des peuples, rien n’est plus riche que tout cela ».

facebook : degeOnegraffeur

Dege comme…

Bonjour, Dege est un jeu de mot, (des jets) de peinture ou (deux jets) de peinture.

Vous avez déjà travaillé sur du « cellograff ». On connaît Astro & Kanos qui œuvrent régulièrement sur le support. Quelle a été votre expérience ?

Mon approche pour le cellograff s’est révélée une évidence car dans la petite ville dont je suis originaire (le Puy-en-Velay) il n’y a qu’un seul mur d’expression et aucune friche industrielle, ce n’est donc pas suffisant pour satisfaire l’envie de peindre. Il fallait que je trouve un moyen de peindre plus mais pas toujours au même endroit, du coup j’ai très vite adopté cette technique, que je trouve très pratique et qui résume bien que le graffiti est un art éphémère.

Street art, art urbain, graffiti, bombe aérosol, pinceaux, peinture, c’est aujourd’hui votre vie, plus qu’une passion que vous avez commencé très jeune. Qu’est-ce qui fait que vous ne pourriez pas exercer un autre métier ?

Depuis que je tiens un stylo dans mes mains je dessine, cependant j’ai une entreprise de peinture et de décoration ce qui reste toujours en lien avec ma passion : créer, décorer. Ce qui me pousse à vouloir aller toujours plus loin dans le graffiti, c’est le détail, la finesse du trait et l’hyper réalisme. Peindre est tout simplement un choix et un mode de vie.

Vous donnez un relief remarquable à vos murs, vous superposez également vos toiles, ce sont des « techniques » que vous utilisez pour toutes vos œuvres ?

Le relief et la profondeur se rapprochent de ce que l’on perçoit quotidiennement. Lorsqu’on regarde l’horizon nous pouvons voir des formes, un premier plan, un second plan ainsi de suite, donc me rapprocher de cette réalité m’attire, effectivement j’utilise ces techniques sur toutes mes œuvres.

Le crew VEC représente quoi pour vous ?

Le VEC c’est une grande famille, un esprit de solidarité, des rencontres, de la folie, mais aussi du sérieux. Le VEC signifie « vivre en communauté », « vivre en couleur », « viens en claquette » !! pour les plus intimes. Mais pas seulement, nous portons des valeurs qui à nos yeux sont essentielles : le respect des codes du graffiti c’est-à-dire considérer le travail de chacun. Ce crew est pour moi l’occasion d’échanger et de partager avec les membres sur leur parcours tant professionnel que personnel. Ma vision en tant que graffeur : il est important d’appartenir à un crew car cela me permet d’évoluer en mélangeant les univers de chacun.

Et M7R ?

Le M7R a été l’occasion de monter un collectif en mélangeant deux disciplines de la culture urbaine : le graff et le rap. On était cinq : 3MC, deux graffeurs et un beatmaker. À l’heure d’aujourd’hui, chacun a continué son chemin séparément.

La fresque dentelle en 2013 est juste incroyable tout comme le cellograff avec Amor la même année. Vous aimez passer du « Sleepy Hollow » au cochon sans problème ? 

Travailler avec d’autres graffeurs demande une adaptation à leurs styles pour donner du sens à la fresque. Lorsque je travaille seul cela me permet d’affiner mon univers (la dentelle). 2013 a été une année très riche de rencontres ou je me suis posé beaucoup de question sur mon travail.

On apprécie énormément la diversité de vos peintures, l’impact des couleurs et des formes. Il se cache une histoire derrière chaque œuvre ?

Généralement chacune de mes fresques est travaillée auparavant et souvent influencée par mon humeur et l’actualité. J’aime bien changer les couleurs posées souvent sur un fond noir. À mon sens, elles ont toutes une histoire après, libre cours à votre imagination, d’où l’intérêt du graffiti.

Vous faites moins de lettrage, pourquoi ?

J’ai touché mon premier spray à l’âge de 12 ans étant un jeune expressif et rebelle. J’ai suivi le mouvement. J’ai eu la chance de pouvoir côtoyer et voir graffer des graffeurs de ma région avec les FWT dont : (deft keyler loeil apash…). À la base, le graffiti c’est du lettrage. On a tous un blaze et le but c’est de le poser un maximum de fois pour être vu. Chacun choisit son univers, pour ma part je me suis tourné plus vers un travail figuratif et les décors dans les fresques.

La nature est le thème que l’on retrouve dans toutes vos œuvres avec également un rappel de dentelle. Un symbole fort de votre région ?

Il est vrai que la nature prend le dessus sur mon travail. C’est une évidence pour moi on lui doit tout sans elle on ne serait rien. Je représente souvent des oiseaux car ils évoquent la liberté, la légèreté, l’envie de toujours aller plus haut n’ayant pas peur du vide, il plonge pour mieux remonter. C’est dans cet esprit que j’oriente mon travail. La dentelle est apparue lors d’une commande pour le centre d’enseignement de la dentelle, par la suite j’ai trouvé très intéressant de créer celle-ci avec une bombe et dans ce milieu je trouvais ça très original. Du coup, je développe ces motifs en y incorporant de l’hyper réalisme.

Vous nous racontez vos trois jours au festival Underground Effect en septembre 2017 ?

Ces trois jours ont été géniaux, tant par l’accueil des organisateurs, que par les personnes qui sont venues très nombreuses pour nous rencontrer. Je ne pensais jamais pouvoir peindre dans un lieu comme celui-ci qui est quand même un haut lieu de la finance ou les citoyens qui y travaillent sont sans arrêt en train de parler business et à être tête première dans leur téléphone à ne pas regarder autour d’eux. Lors de cet Underground Effect, les gens étaient présents et finalement semblaient très intéressés par cette culture. J’ai entendu à plusieurs reprises : « on attendait cette nouvelle édition avec impatience » j’ai trouvé ça très gratifiant. Deux organisateurs au top, rien à dire c’était super et le temps était de la partie. Plus personnellement, j’ai pu rencontrer des graffeurs et créer des connexions. Ces trois jours resteront un souvenir inoubliable.

Avec quels artistes aimeriez-vous collaborer ?

Il y en a tellement. Peindre avec le plus de monde possible m’intéresse. Cependant, j’ai trois artistes que je suis de très près dans leur travail, je trouve qu’ils ont une interprétation visuelle bien à eux : Sophie Wilkins, Katre et Hopare.

Qu’est-ce qui vous révolte ?

Ce qui me révolte, beaucoup de choses. En commençant par le jugement que chacun peut porter sur autrui sans même connaître véritablement la personne. Chaque personne a le droit d’évoquer ce qu’il ressent et de s’habiller comme il le souhaite. L’hypocrisie de la société actuelle, et surtout le racisme. Vivre ensemble est tellement plus enrichissant que de vivre chacun dans son coin. Le partage des cultures, le métissage des peuples, rien n’est plus riche que tout cela. Après, chacun est libre de penser comme il le souhaite mais il ne faut pas porter de jugement sur une culture que l’on ne connaît pas. Concernant les nouvelles technologies la TV me révolte, c’est horrible cette chose !! On nous diffuse des informations fausses, des séries dramatiques (comme s’il n’y avait pas assez d’horreur dans le monde) ou paradoxalement, des séries de télé réalité, là on touche le fond ! Et bien d’autres…

L’art urbain « au féminin » est encore peu présent en France et à l’étranger même si ça tend à se démocratiser de plus en plus. Qu’en pensez-vous ?

Je trouve que l’art urbain a beaucoup à apprendre à la gente masculine. Pourquoi les femmes n’auraient pas leur place au sein de cette culture ? Il y en a déjà, elles mettent de sacrées claques. Qu’elles continuent ainsi.

Un artiste qui expose en galerie et sur les murs, c’est complémentaire ?

Forcement c’est complémentaire ce ne sont pas les mêmes techniques, après chacun a son approche entre la galerie et la rue. Je trouve cette différence très intéressante dans le sens où l’on touche un autre public qui a une autre critique sur notre travail. Touché le plus de monde c’est le but alors pourquoi fermer certaines portes ça n’a pas de sens. Chaque graffeur a son vécu et son approche après, à chacun de se faire son opinion.

Quels sont vos super-héros ?

Mes super héros j’en ai deux pour le moment ma mère et ma femme.

Vous avez de nouveaux projets ?

Préparer une expo solo pour 2019 et peindre à Berlin en décembre.

Si l’on vous dit autopsiart…

autopsiart est un moyen de rassembler des témoignages sur des peintres muralistes.

Quelle est la question que je ne vous ai pas posée, à laquelle vous aimeriez répondre ?

Pour qui aimeriez-vous peindre ?