david selor.

« Je regrette de ne pas faire plus de mimil femme, mais c’est plus long et plus compliqué ».

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Mimil est plus qu’un personnage fétiche. Tout au long des années, il est devenu quoi pour vous ?

Je peins le mimil, mon personnage à tête d’animal et au corps d’homme depuis 2013. Au fil des années, il est devenu le visuel de mon moyen d’expression. Au début, je le faisais voyager avec moi, mais maintenant, il commence à courir les routes sans que j’aie besoin de me déplacer.

On aime cet « Humanimal » dans son physique, dans vos choix de jeux de mots, dans sa légèreté, même dans sa douceur. Vous portez des sujets comme l’amour, la société, l’alcoolisme et…

Les sentiments inhérents à l’humain sont un sujet qui me passionne. Ça me demande introspection et observation, j’observe les vices et les paradoxes liés à notre société. Et il y a matière à créer avec, tant il y en a partout. La prostitution est un sujet qui me touche de loin et sans gants. En ce moment, je traîne pas mal dans le quartier de Belcier/gare à Bordeaux, je suis toujours choqué par l’âge des prostituées qui pullulent dès 18 h  dans ce quartier…

L’équipe a été particulièrement interpellée par : « La vie est un très beau film dramatique », « La seule chose sûre ! C’est que rien ne l’est ! » ou « Avant d’hêtre une chaise ». C’est un peu sombre mais réaliste, vous nous expliquez ?

Je n’ai pas souvent eu ce retour comme quoi mes peintures seraient « sombres », alors que c’est pourtant bien vrai. J’utilise des codes visuels enfantins, mais les thèmes abordés sont plutôt mélancolique. J’aime les peintures visuellement sombres et glauques chez d’autres, mais je préfère peindre en couleur, avec des jolis petits cœurs etc. Si j’utilisais un visuel plus pertinent à mes phrases, ce serait violent, on me collerait une étiquette d’artiste maudit et mes peintures seraient effacées par la ville. Il y a des enfants et des personnes sensibles dans la rue, je me sens responsable de leur cadre de vie en choisissant d’y intervenir.

Utiliser un visuel « mignon » offre une sécurité afin de peindre illégalement dans la rue, si je taguais juste mes phrases, j’aurai déjà eu des problèmes avec la justice, certainement.

Le Mimil est plutôt jaune, avec un t-shirt rayé bleu et blanc. Il existe une « Mimile » récurrente, son pendant féminin ?

Comment parler de sentiments humains sans femmes ? Ce n’est pas un mimil travesti, mais bien une forme féminine du mimil. Je regrette de ne pas faire plus de mimil femme, mais c’est plus long et plus compliqué, j’ai rarement l’autorisation pour peindre un mur. Mon temps est compté sur certains spots, je touche du bois, je n’ai jamais été contrôlé à Bordeaux. Une fois, il y a même un policier qui m’a fait « pouce like » en passant en voiture quand je peignais de la briquasse.

« Histoire cent fins » est votre premier livre. La participation des internautes à ce projet a été entière. Vous êtes fier du résultat ?

Je suis très content, j’ai fait imprimer 300 exemplaires de mon livre d’illustration. J’aurai dû en faire plus. J’ai prévu d’en faire un autre l’année prochaine, mais cette fois, ce sera une rétrospective de mes productions murales.

« Come as your art », c’était votre idée. Une expo, huit artistes, le projet B-612, une association… Dites-nous tout.

L’idée d’exposer vient de mon ami Erwan à qui appartient la résidence d’architecte où nous montons l’expo B-612 en partenariat avec l’asso « come à la maison », le festival B-612 et al4az pour les lumières. Erwan souhaita me faire exposer dans sa maison, et quand j’ai vu la place, je me suis dit qu’il fallait inviter d’autres artistes.

L’année dernière il y avait A-MO, Atom-ludik, R-nuage, Charles Foussard, Nasti, Mika et Möka, une sacrée équipe ! Une très belle expo qui a eu son succès. L’idée de base est de profiter des artistes à la notoriété locale afin de promouvoir des artistes qui ont moins l’occasion d’exposer à Bordeaux. La prochaine expo aura lieu fin mars, avec Sema Lao, Noty Aroz, Keugrea, Nigul, Monsieur Poulet, Costah, Crewer et Rouge.

On ne parle pas instinctivement de Bordeaux comme « capitale » de l’art urbain, on le regrette car on aime la ville et les artistes qui y vivent. Qu’est-ce qu’il manque selon vous ?

Il va manquer un gros spot de graffiti légal qui offre une bonne visibilité, tous les endroits en friche se font défoncer les uns après les autres. Bordeaux est la capitale du capital immobilier.

Il y a du potentiel en devenir pour exposer, j’en suis sûr, potentiellement grâce aux nouveaux résidents de la ville.

Avec quel(s) artiste(s) bordelais voudriez-vous « graffer » un mur ?

Alors quel artiste vais-je brosser dans le sens du poil cette fois-ci ?….

A-MO sur un mur pour changer ! Nous avons travaillé une toile en collab’ pour mon livre. Mais la prochaine fois, on fait des chromes d’autoroute, j’avoue que je rêve un peu là.

Vous pratiquez l’urbex ?

Non pas particulièrement, j’aime bien crapahuter, mais pas à plus de 30 mn de chez moi. En ce moment, aller dans mon atelier au fond du jardin, c’est un peu comme faire de l’urbex.

Vous nous parlez de Monsieur Poulet et du travail que vous avez fait avec/pour lui ?

J’ai contacté Monsieur Poulet il y a trois ans, quand je suis arrivé à Bordeaux, avant d’y repartir et d’y revenir. Je n’avais pas peint beaucoup sur la ville et je l’ai abordé en lui proposant de faire une vidéo interview. À ma grande surprise il a accepté sachant que je n’avais jamais fait de vidéo et qu’il faisait déjà les siennes. Et nous avons aussi une collab’ sur papier dans mon livre.

Si Mimil devait changer de peau, sous quelle forme le dessineriez-vous ?

Je pense que je ne le dessinerai pas !

Quels sont vos super-héros ?

Un poids de négativité pèse 1 kilo, et un poids de positivité pèse 2 kilos. Mes héros sont ceux qui mettent des poids positifs sur la balance du monde.

Si l’on vous dit autopsiart…

Au top si art ?

Quelle est la question que je ne vous ai pas posée, à laquelle vous aimeriez répondre ?

Puis-je vous tutoyer ?

Oui.